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Le Protocole de Nagoya et l'APA dans l'approvisionnement en plantes

13 juillet 2026TeraVella

Les ingrédients botaniques portent une histoire juridique que beaucoup d'acheteurs ne voient jamais. Un fût d'extrait n'est pas seulement une marchandise ; il est issu de la biodiversité d'un pays, et depuis 2014 un cadre international régit la manière dont cette biodiversité peut être utilisée et qui partage la valeur qu'elle crée. Pour quiconque s'approvisionne en actifs cosmétiques naturels, le Protocole de Nagoya n'est plus une lecture de fond facultative.

Ce que régit le Protocole de Nagoya

Le Protocole de Nagoya a été adopté en 2010 et est entré en vigueur en 2014 en tant qu'accord complémentaire à la Convention sur la diversité biologique (CDB). Il fixe les règles de l'accès et du partage des avantages (APA) : l'accès aux ressources génétiques et le partage juste et équitable des avantages découlant de leur utilisation. Fait crucial, il s'étend aussi aux connaissances traditionnelles associées à ces ressources — les pratiques des communautés autochtones et locales qui utilisent une plante depuis longtemps. Le principe sous-jacent est la souveraineté : un pays fournisseur décide des conditions dans lesquelles ses ressources génétiques peuvent être consultées et utilisées, et peut escompter une part de la valeur qui en résulte.

Le PIC et les MAT : les deux briques de base

Deux mécanismes sont au cœur du système. Le consentement préalable donné en connaissance de cause (PIC) est l'autorisation qu'un pays fournisseur accorde avant qu'une ressource génétique puisse être consultée. Les conditions convenues d'un commun accord (MAT) sont les conditions négociées attachées à cet accès, y compris la manière dont les avantages monétaires ou non monétaires reviendront — redevances, paiements d'étape, renforcement des capacités ou résultats de recherche partagés. En pratique, le PIC et les MAT sont obtenus ensemble auprès de l'autorité nationale compétente du pays fournisseur, et la paperasse qui en résulte est le socle de tout dossier d'approvisionnement conforme.

Quand l'approvisionnement vaut utilisation

La distinction la plus lourde de conséquences est celle entre commerce et utilisation. Les obligations du Protocole se rattachent à l'utilisation, définie comme la recherche et le développement sur la composition génétique ou biochimique d'une ressource génétique. Acheter une marchandise finie et la revendre sans changement relève ordinairement du commerce et échappe à cette définition. Mais le travail cosmétique s'arrête rarement au commerce : caractériser les actifs d'un extrait, cribler des fractions pour en évaluer l'efficacité ou optimiser un profil biochimique — tout cela peut constituer une utilisation. C'est la zone grise des actifs et extraits cosmétiques, et cela signifie que la question déclenchante n'est pas « qu'ai-je acheté ? » mais « qu'est-ce que j'en fais ? ».

Là où mord la règle européenne de diligence raisonnable

Au sein de l'Union européenne, le Protocole est mis en œuvre par le Règlement (UE) n° 511/2014. Il n'exige pas de licence pour commercer ; il impose plutôt une obligation de diligence raisonnable à quiconque utilise dans l'UE des ressources génétiques relevant de son champ. Vous devez rechercher, conserver et transmettre les informations pertinentes pour l'APA : le pays d'origine, la date et le lieu de l'accès, ainsi que les références du PIC et des MAT. Les registres doivent être conservés pendant vingt ans après la fin de l'utilisation. Lorsque les informations disponibles sont insuffisantes, l'obligation est d'obtenir un permis d'accès en bonne et due forme ou de cesser d'utiliser la ressource. Le champ compte ici — un matériel obtenu avant octobre 2014, ou provenant de pays qui ne sont pas parties, peut échapper au Règlement, mais ce jugement doit être porté avec soin.

Le CIRC et l'ABS Clearing-House

La conformité est bien plus aisée lorsqu'un pays fournisseur a délivré un Certificat international de conformité (CIRC). Ce certificat confirme que l'accès a été accordé sur la base du PIC et des MAT, et il est publié sur l'ABS Clearing-House, la plateforme en ligne centrale de la CDB pour l'échange d'informations relatives à l'APA. Un CIRC est une preuve solide et transférable : si votre fournisseur peut vous en remettre un, une grande partie de votre dossier de diligence raisonnable est déjà constituée. Lorsqu'il n'existe pas de CIRC, vous vous rabattez sur les permis et accords sous-jacents, qui doivent être rassemblés et vérifiés individuellement.

Une diligence raisonnable concrète pour l'acheteur

Un processus opérationnel est simple, pour peu qu'il soit discipliné. Identifiez le pays d'origine de chaque plante et confirmez s'il est partie au Protocole et quelle législation nationale APA s'applique. Demandez la documentation APA — idéalement un CIRC, sinon le PIC et les MAT — à votre fournisseur, et transmettez ces obligations le long de la chaîne d'approvisionnement dans vos contrats, afin que chaque maillon soit responsable. Tenez des registres au moment des faits et stockez-les bien au-delà du délai légal. Enfin, réexaminez la question du commerce contre l'utilisation chaque fois que votre activité de R&D évolue, car une nouvelle étape de développement peut faire entrer dans le champ un ingrédient qui en était jusque-là exclu. Traitée comme une hygiène d'approvisionnement de routine plutôt que comme une arrière-pensée juridique, la conformité APA protège à la fois l'acheteur et la biodiversité dont l'ingrédient est issu.

Cet article constitue une information générale et ne saurait valoir avis juridique ; évaluez vos activités spécifiques avec un conseil qualifié.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce que le Protocole de Nagoya en une phrase ?
C'est un accord international de 2010 conclu dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique, en vigueur depuis 2014, qui régit l'accès aux ressources génétiques et le partage juste et équitable des avantages découlant de leur utilisation. Il couvre aussi les connaissances traditionnelles associées à ces ressources. Son but est de donner aux pays fournisseurs un droit de regard juridique sur la façon dont leur biodiversité est utilisée.
Quelle est la différence entre le PIC et les MAT ?
Le consentement préalable donné en connaissance de cause (Prior Informed Consent, PIC) est l'autorisation du pays fournisseur d'accéder en premier lieu à une ressource génétique. Les conditions convenues d'un commun accord (Mutually Agreed Terms, MAT) sont les conditions négociées — y compris la manière dont les avantages sont partagés — dans lesquelles vous pouvez ensuite l'utiliser. Le PIC ouvre la porte ; les MAT fixent les termes de ce qui se passe à l'intérieur.
Le simple achat d'un extrait végétal déclenche-t-il le Protocole de Nagoya ?
Acheter une marchandise et la revendre telle quelle relève généralement du commerce, non de l'utilisation. Les obligations se rattachent à l'utilisation — la recherche et le développement sur la composition génétique ou biochimique de la ressource. En cosmétique, la ligne peut se brouiller lorsque vous caractérisez, criblez ou optimisez les actifs d'un extrait, de sorte que chaque activité doit être appréciée selon ses faits propres.
Qu'exige de moi le Règlement (UE) n° 511/2014 ?
Si vous utilisez dans l'UE des ressources génétiques relevant de son champ, vous devez exercer une diligence raisonnable : établir le pays d'origine, obtenir et conserver la documentation pertinente relative à l'accès et au partage des avantages, et conserver les registres pendant vingt ans après la fin de l'utilisation. Lorsque la documentation est insuffisante, vous devez obtenir un permis d'accès ou cesser l'utilisation. Il s'agit d'une information générale, non d'un avis juridique.
Qu'est-ce qu'un CIRC et où le trouver ?
Le Certificat international de conformité (Internationally Recognised Certificate of Compliance) est un document délivré par l'autorité d'un pays fournisseur, confirmant que l'accès a été accordé avec le PIC et les MAT. Il est publié sur l'ABS Clearing-House, la plateforme d'échange en ligne de la CDB, et constitue une preuve solide d'un accès conforme. Si un fournisseur peut vous en remettre un, il simplifie considérablement votre dossier de diligence raisonnable.
Quels registres un acheteur doit-il conserver dans son dossier ?
Conservez le pays d'origine, la date et le lieu de l'accès, les références du PIC et des MAT ou un CIRC, une description de la ressource génétique, et la preuve que les obligations ont été transmises le long de la chaîne d'approvisionnement. Stockez-les en sécurité et conservez-les bien au-delà de la fin de l'utilisation. Un dossier clair, tenu au moment des faits, est votre meilleure protection si une autorité compétente venait un jour à poser des questions.

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